Dans cinq régions du Burkina Faso — le Centre, le Centre-Nord, le Centre-Sud, l’Est et le Plateau-Central — l’association La Sentinelle de la Nature (SENTINA) vient de conclure la deuxième phase du projet « Agir pour la conservation de la nature », mené avec l’appui de l’UICN-PAPACO, de Play for Nature et de la Fondation Audemars-Watkins. Au programme cette année : un concours artistique sur le recyclage, un camp de jeunes ambassadeurs, la création de dix clubs écologiques, un safari urbain et une initiation à la pépinière scolaire. Cinq activités, cinq écoles, une même conviction : ce sont les élèves eux-mêmes qui doivent devenir les moteurs du changement.
Fada N’Gourma : plus de 250 jeunes ambassadeurs pour 100 places prévues
À l’école primaire privée Notre-Dame de la Paix, le programme « Jeunes Ambassadeurs de la Conservation » devait initialement toucher 100 élèves. Il en a mobilisé plus de 250, répartis sur cinq classes de CP1, CP2 et CE1, encadrés par six enseignants et trois encadreurs techniques. Au menu : découverte de la biodiversité du Burkina Faso, sensibilisation aux menaces qui pèsent sur elle, et un concours de dessin sur le thème de la mangue et de l’arbre. Cinq lauréats ont été récompensés lors d’une cérémonie de clôture, en présence de l’association partenaire Nature et Vie, des autorités scolaires et des parents d’élèves — un moment marqué par la lecture d’un poème par une jeune élève.
Loumbila : un safari urbain à la découverte de la biodiversité
Au Lycée privé évangélique André Brisset, 100 élèves ont participé à un « Safari Urbain » au Parc urbain Bangr-Weogo, encadrés par cinq enseignants. L’objectif : observer la diversité des espèces et comprendre leur rôle dans l’écosystème. Entre la ménagerie (hippopotames, waterbucks, primates, crocodiles du Nil…), la forêt classée — refuge de plus de 130 espèces d’oiseaux — et le musée des trophées, les élèves ont vécu une immersion complète dans trois espaces de conservation distincts, transformant une sortie scolaire en véritable leçon de terrain.
Ouagadougou : quand les déchets deviennent de l’art
Au Groupe scolaire Saint-Viateur, SENTINA a lancé le concours « Déchets d’Art » devant plus de 1 000 élèves réunis au rassemblement matinal. Plus de 100 candidats se sont inscrits dans quatre catégories — slam, discours, fabrication d’objets d’art et sketchs — avec l’appui du club écologique de l’établissement, formé pour gérer les inscriptions. La grande finale, en mai 2026, a réuni les meilleurs talents de chaque catégorie devant un jury conquis par la diversité des œuvres et la qualité des prestations. L’événement a bénéficié de la couverture de Faso Green TV, et tous les finalistes sont repartis avec un lot.
Korsimoro : dix Clubs Éco-Responsables prennent racine
À l’école primaire publique de Hanhui, déjà dotée d’un jardin maraîcher et d’une double fosse à compost issus de la phase 1, SENTINA a structuré 10 Clubs Éco-Responsables (C.É.R), réunissant 100 élèves en noyaux de dix. Formés à la richesse de la biodiversité burkinabè et équipés de fournitures scolaires, ces jeunes ambassadeurs sont désormais chargés de faire vivre les acquis du projet et de mobiliser leurs camarades — un maillage complet de l’établissement qui ancre durablement la dynamique environnementale.
Pô : chaque élève repart avec son arbre de vie
Au Lycée privé Philadelphie, 100 élèves — sur un impact global de 300 au sein de l’établissement — ont été initiés aux techniques de pépinière et de maraîchage scolaire. Après une phase théorique, place à la pratique : les élèves ont récupéré des sachets d’eau abandonnés dans la cour pour en faire des pots de culture, avant d’y semer des graines de Moringa oleifera, surnommé « l’arbre de vie » pour sa croissance rapide et ses vertus nutritionnelles. L’ambition : que chaque participant reparte avec son plant, pour que chaque famille cultive à terme son propre Moringa.
Une phase 2 qui dépasse les objectifs
Au total, les cinq activités ont directement mobilisé plus de 1 750 élèves à travers cinq établissements et cinq régions du pays, avec l’implication de plus d’une dizaine d’enseignants et encadreurs. Grâce à une stratégie de communication multicanale — page Facebook, kakémonos, T-shirts, couverture par Faso Green TV, relais de l’UICN-PAPACO et de la lettre NAPA — le rayonnement du projet est estimé à 10 000 personnes sensibilisées.
Les défis surmontés sur le terrain
Le succès a lui-même généré ses propres défis. À Fada N’Gourma, l’affluence imprévue (250 élèves pour 100 attendus) a nécessité la mobilisation rapide de six enseignants supplémentaires. À Saint-Viateur, l’afflux de demandes d’inscription au concours a été maîtrisé grâce à la décentralisation de la gestion vers le club écologique de l’établissement. Enfin, à Pô, la question de la viabilité des jeunes plants de Moringa pendant les vacances scolaires a été anticipée par le choix du modèle « un plant par participant », transférant naturellement le suivi vers les familles.
Phase 1 à phase 2 : de la sensibilisation à l’action
La comparaison entre les deux phases illustre une évolution nette. Là où la phase 1 reposait sur des visites et de la sensibilisation plutôt passive, la phase 2 a fait basculer les élèves vers l’action concrète : concours créatif à Saint-Viateur, structuration en clubs autonomes à Hanhui, application pratique de l’agroécologie à Pô. Cette montée en exigence s’est accompagnée d’une complexité logistique accrue — notamment pour des activités à étapes multiples comme le concours « Déchets d’Art » — mais aussi d’une visibilité médiatique et partenariale renforcée.
Un avant et un après pour les écoles partenaires
Le rapport de SENTINA dresse un constat clair : les déchets, autrefois perçus comme des immondices, sont désormais vus comme des ressources à valoriser en art ou en pots de culture. L’éducation environnementale, longtemps théorique, s’incarne aujourd’hui dans des clubs autonomes et des sorties immersives. Les écoles elles-mêmes se sont transformées, passant d’espaces nus à des lieux dotés de jardins maraîchers et de pépinières actives — tandis que SENTINA s’impose comme un acteur de référence capable de piloter un programme multirégional aux côtés de l’UICN-PAPACO.
Et la suite ?
Fort de cette dynamique, SENTINA prépare déjà une phase 3 de mise à l’échelle vers de nouvelles écoles des mêmes régions, la transformation des clubs en réseaux régionaux interconnectés, le transfert progressif des compétences aux équipes pédagogiques locales, ainsi que le développement de partenariats avec le secteur privé burkinabè pour diversifier les sources de financement.
Cette deuxième phase confirme une conviction partagée par SENTINA et Youth Conservation : quand on donne aux enfants les outils et la confiance pour agir, ils deviennent les meilleurs ambassadeurs de la conservation de la nature.
Envie de suivre les prochaines étapes du projet « Agir » et de découvrir les autres ONG partenaires ? Rendez-vous sur youth-conservation.org pour en savoir plus.
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