Par Dimitri KOTO, Directeur ExĂ©cutif de l’ONG Groupe d’Action pour le DĂ©veloppement Ă la Base,chargĂ© de Projet de l’ONG Agriculture Biologique au Service de l’Environnement, expert en Gestion des Crises et Catastrophes liĂ©es Ă l’Eau et au Climat, expert en Gestion des Crises et Catastrophes liĂ©es Ă l’Eau et au Climat et spĂ©cialiste en Conservation des Ă©cosystèmes Fauniques (Chauves-Souris).
Longtemps méconnues, parfois craintes, les chauves-souris jouent pourtant un rôle central dans le maintien des équilibres écologiques. Au Bénin, et notamment à Parakou, leur conservation devient un enjeu stratégique pour la régénération des forêts, la biodiversité urbaine et la durabilité des territoires.
Alors que les politiques de conservation se concentrent souvent sur les espèces emblématiques, les chiroptères rappellent l’importance des espèces discrètes dans le fonctionnement des écosystèmes.
Un rôle écologique majeur dans les écosystèmes tropicaux
Les chauves-souris sont des actrices essentielles de la dynamique naturelle des forĂŞts tropicales.
Elles contribuent Ă :
- la dispersion des graines,
- la pollinisation,
- la régénération naturelle des paysages forestiers.
Dans de nombreuses régions tropicales, elles figurent parmi les principaux agents de dissémination des graines. Leur activité nocturne favorise la recolonisation des espaces dégradés et soutient la diversité végétale.
Sans chauves-souris, la capacité naturelle des écosystèmes à se régénérer serait fortement affaiblie.
Urbanisation et fragmentation des habitats : des menaces croissantes
La biodiversité urbaine tend à s’appauvrir et à s’homogénéiser. Au Bénin, l’expansion des activités agropastorales et l’urbanisation entraînent :
- la fragmentation des habitats,
- la destruction des dortoirs diurnes,
- la raréfaction des ressources alimentaires,
- la dégradation des points d’eau.
Les chauves-souris sont particulièrement sensibles à la disponibilité de leurs sites de repos. Dans de nombreux contextes, leur présence dépend davantage de la disponibilité des perchoirs que de la nourriture.
À Parakou, comme dans d’autres villes africaines en expansion, l’intégration de la biodiversité dans les politiques d’aménagement devient essentielle pour maintenir ces espèces.
Une conservation encore trop centrée sur les espèces emblématiques
Les stratégies de conservation privilégient souvent les grands mammifères, plus visibles et plus attractifs pour le tourisme.
Pourtant, les petits mammifères, dont les chauves-souris, sont tout aussi vulnérables à la dégradation des habitats. Leur rôle écologique est souvent sous-estimé, ce qui freine leur intégration dans les politiques publiques.
Rééquilibrer les priorités de conservation implique de reconnaître l’importance stratégique de ces espèces discrètes mais fondamentales.
Parakou : vers une approche locale et participative
L’étude diagnostique menée à Parakou et dans ses environs met en évidence plusieurs éléments encourageants :
- l’existence de connaissances locales liées aux chauves-souris,
- leur utilisation en médecine traditionnelle,
- l’ouverture des populations à la mise en place d’une cellule locale de protection.
La conservation des chauves-souris au Bénin ne peut être efficace sans l’implication des communautés locales. Intégrer les dimensions socio-culturelles et les savoirs endogènes constitue un levier essentiel pour renforcer la durabilité des actions.
Quelles actions pour renforcer la conservation des chauves-souris ?
Trois axes prioritaires se dégagent :
Renforcer le contrĂ´le forestier
Limiter les coupes frauduleuses et le braconnage afin de préserver les habitats essentiels.
Restaurer les habitats clés
Intégrer les besoins des chauves-souris dans les plans d’aménagement urbains et ruraux.
Prévenir la dégradation des milieux naturels
Réduire les activités humaines entraînant la destruction de la végétation qui constitue leur cadre de vie.
Intégrer les chauves-souris dans les stratégies des aires protégées
Les aires protégées jouent un rôle central dans la conservation de la biodiversité en Afrique de l’Ouest. Toutefois, leur efficacité dépend aussi de la prise en compte des espèces moins visibles.
La conservation des chauves-souris au Bénin illustre l’importance d’une approche globale : protéger les habitats, soutenir la recherche scientifique et renforcer l’engagement communautaire.
Protéger les chauves-souris, c’est soutenir les mécanismes naturels de régénération des écosystèmes et renforcer la résilience des territoires face aux pressions croissantes.
Si vous voulez en savoir plus sur les travaux menés par Dimitri, vous pouvez écouter son interview sur notre chaîne de podcasts « Les RDV de la Conservation » sur Spotify et Youtube.
